J’ai rencontré Liam le dernier jour de mon passage à Edimbourg. Ecossais d’origine, il a commencé à travailler pour un organisme caritatif il y a quelques mois. Son intérêt pour l’Union européenne s’est manifesté alors qu’il était stagiaire à Bruxelles, d’abord pour le Forum européen de la jeunesse, puis pour le Parlement européen. Il se décrit également comme activiste politique, et a récemment rejoint le Parti vert écossais. 

D’où vient ton intérêt pour la politique ? 

Je m’intéresse à la politique depuis que je suis très jeune. Lors des élections au Royaume-Uni en 2015, un candidat a toqué chez ma grand-mère et une chose en entraînant une autre, j’ai fini par l’assister dans sa campagne. Cette expérience m’a inspiré pour la suite. Je pense qu’en grandissant, et plus particulièrement ces dix dernières années, mes croyances et idéologies ont changé. Je me dirais plus de gauche maintenant, alors que j’étais avant plus centre-gauche. Je pense que mes visions et opinions évoluent sans cesse, par exemple récemment j’ai décidé de devenir végétarien. Je n’y avais jamais pensé avant mais je pense que c’est à cause de ma prise de conscience sur les enjeux du changement climatique.

Peux-tu m’en dire plus sur tes engagements politiques? 

Je suis maintenant membre du Parti vert écossais. Je me suis engagé dans le parti l’an dernier après le référendum sur l’indépendance. Je vivais à Londres à ce moment-là mais j’étais toujours inscrit pour voter ici. Le référendum a suscité beaucoup d’engouement, les gens en parlaient énormément. C’était incroyable. Je pense que c’est toujours le cas et que l’indépendance est toujours une question d’actualité. La politique est quelque chose dont les gens parlent plus. Pour ma part, je ne voulais pas forcément faire partie d’un mouvement qui militait pour l’indépendance, mais plutôt d’un parti historique. C’était le cas du Parti vert. J’ai le sentiment que j’ai une voix dans le parti, que je ne suis pas seulement qu’un numéro, ou là pour contribuer financièrement ou pour apporter un vote lors des prochaines élections.

Quelle est ton opinion sur l’indépendance de l’Ecosse? 

Je pense qu’un jour cela arrivera mais que cela doit se faire avec une victoire décisive du oui. Je ne voudrais pas voir l’Ecosse devenir indépendante avec 51% des votes. Il y a quelques personnes qui aimeraient qu’un nouveau référendum ait lieu rapidement parce que le nombre de membres du SNP [Parti national écossais] a explosé. Mais je pense que c’est bien trop tôt parce que bien que les débats aient été passionnants, c’était très cinglant. Les communautés étaient divisées et je me suis même disputé avec mon père à cause de cela. Je pense que nous devons attendre entre cinq et dix ans avant d’avoir un autre référendum. Il y a aussi le référendum sur la place du Royaume-Uni dans l’Europe qui arrive, nous ne savons pas encore quand, mais avant 2017. Je sais que le Royaume-Uni va aussi avoir la présidence de l’Union européenne d’ici là, donc cela va devenir compliqué. Donc je comprends un peu les gens qui disent que si le Royaume-Uni sort de l’Union européenne, l’Ecosse devrait par conséquent devenir un pays indépendant dans le but de pouvoir y rester.

Ce désir d’indépendance s’est accentué ces dernières années ou a toujours été l’objet de débat ?

Cela s’est beaucoup accentué. Lorsque j’étudiais la politique et les sciences sociales à l’université, je me souviens qu’en 2009 nous avions eu des débats et des cours sur les enjeux d’actualité. Et ce sujet n’était jamais au programme. C’était un très petit enjeu. Le Parti national écossais a démarré dans les années vingt mais a eu très peu de succès. Il est ensuite entré au gouvernement en 2007 et a petit à petit gagné beaucoup de soutien. Les gens ont réalisé que l’idée d’un référendum était possible. Il y a quelques parallèles qui peuvent être faits avec le référendum sur l’Union européenne. Certains pensent que nous pourrions être bons en dehors de l’Europe. Beaucoup de gens n’ont pas commencé à en parler pour le moment, mais vont commencer quand la campagne démarrera et avec un peu de chance les gens vont s’intéresser un peu plus à ce sujet.

Est-ce que c’était une surprise de voir le succès du SNP lors des dernières élections? 

Avant le jour des élections en 2015, avec mes collègues de travail, nous avons parié sur combien de sièges le SNP gagnerait, et la plupart disait que le parti en remporterait entre 20 et 40. Quand les résultats ont montré que le parti avait gagné tous les sièges sauf trois, cela a été tout à fait stupéfiant. La carte de l’Ecosse est passée de rouge à presque jaune en une seule nuit. Dans mon secteur d’origine, à la frontière écossaise, un endroit très rural avec une forte communauté d’agriculteurs et de petites entreprises, la possibilité de voir un parti de centre gauche gagner un siège ici était improbable. Toutefois, je pense que ces résultats sont liés au référendum et également au fait qu’il a été estimé qu’une personne sur 50 en Ecosse est maintenant membre du Parti nationaliste écossais.

Il se dit que les Ecossais sont pro-européens, est-ce que tu partages cet avis? 

Je pense que c’est un peu facile de dire cela. Ce n’est pas le cas, il y a toujours des eurosceptiques, qui ne sont peut-être pas aussi entendus que les autres. Mais je pense que les gens sont pro-européens parce que nous sommes un petit pays, nous voyons probablement que nous n’avons pas tant de problèmes avec l’immigration, par comparaison avec d’autres parties de l’Angleterre. Les sondages récents montrent que s’il y avait un vote demain, 65% des gens en Ecosse voteraient pour rester dans l’Union européenne. Il reste donc un tiers de la population qui voudrait la quitter. Je dirais que c’est un peu naif de dire que nous sommes tous pro-européens.

Crois-tu à l’Union européenne? 

Oui, dans les liens politiques et sociaux que nous avons. Je pense que personne n’est très satisfait de l’Union européenne, tout le monde dit que cela devrait changer, ou que cela aurait du changer il y a 10 ans. Mais parce qu’il y a tellement de visions différentes, 28 gouvernements avec 28 ordres du jour, c’est toujours difficile de faire le changement. Mon inquiétude sur l’Union européenne ce sont les enjeux sociaux. J’ai l’impression que l’Union européenne a la possibilité de faire évoluer socialement les pays et, un enjeu qui me tient à coeur est l’égalité, et je pense que l’Union européenne pourrait faire plus pour les droits des communautés LGBT. Cela reste très délicat dans certaines parties de l’Europe. Je voudrais que l’Union européenne soit plus drastique, et ne regarde pas les choses seulement de manière  économique parce que je pense que c’est ce qui explique pourquoi les gens sont si détachés de l’Union européenne. Ils voient cela seulement comme une machine géante qui sort différents documents sur des politiques et que rien ne s’y passe concrètement.

Tu évoques l’Union européenne comme une grosse machine bureaucratique, avais-tu le même sentiment lorsque tu travaillais à Bruxelles? 

Je pense qu’une des choses que j’ai trouvé stupéfiantes est le fait que les députés européens voyagent de Bruxelles à Strasbourg une fois par mois. Je suis allé au Parlement deux fois et je me souviens de ma première fois à Strasbourg comme d’une énorme opération pour bouger tous ces gens, et tout l’argent qui est impliqué là dedans, je trouve cela effarant. Je comprends pourquoi le Parlement européen siège à Strasbourg avec l’historique, mais cela n’a aucun sens aujourd’hui, et je me disais que cette institution se tirait clairement une balle dans le pied. C’est une aubaine pour la mauvaise presse ou des partis comme UKIP. Par ailleurs, lorsque je travaillais là-bas, j’avais le sentiment que les choses bougeaient très lentement. Entre le Conseil, la Commission, cela prend beaucoup de temps et les choses sont fragmentées. Par contre, j’ai pris conscience que les députés européens effectuent un travail important. Ils font beaucoup de recherches, d’enquêtes et des choses qui impactent les citoyens, mais qui restent peu connues. Par exemple, il est très rare que les médias tournent des reportages à Strasbourg ou relatent une décision importante.

Qu’est-ce que tu attendrais pour l’avenir de l’Union européenne?

Avec un peu de chance que l’Ecosse soit mieux représentée. Elle a actuellement seulement cinq députés. Par comparaison avec l’Irlande, qui compte moins de population que l’Ecosse et a 15 ou 16 députés, l’Ecosse est très mal représentée au Parlement européen. Cela serait la première chose, pas directement associée à l’Union européenne. J’aimerais que l’Union européenne aie plus d’impact sur les décisions sociales et soit plus active en terme de défense des droits humains. Qu’elle soit également plus accessible aux gens. Je sais qu’ils font beaucoup d’événements mais cela ne marche pas. Et nous avons vu lors des élections en 2014 que le taux de participation était très bas. Si les gens s’intéressent peu aux politiques européennes, c’est souvent parce qu’ils ne se sentent pas attachés, ni associés au Parlement européen et à l’Union européenne de manière générale.

Est-ce que tu te sens européen? 

Oui. Je pense qu’être européen c’est être qui vous voulez être, être européen ne veut pas dire savoir parler cinq langues différentes ou être citoyen d’Ecosse, du Royaume-Uni ou du Danemark par exemple. Je pense que se sentir européen c’est être identifié avec un ensemble de valeurs et de principes et pour moi ce serait l’égalité, la paix, la justice… Ce sont des choses que j’ai le sentiment de partager avec la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, etc.

Est-ce que tu penses que les gens partagent cette identité européenne ici? 

Probablement pas. Je pense que c’est parce que nous sommes sur une île. Quand tu veux aller en Europe, tu dois prendre l’avion, le tunnel sous la Manche ou un bateau, ce qui nous rend isolés. Nous avons une population très multiculturelle mais je pense que nous n’apprécions pas complètement l’Europe dans tout son potentiel d’ouverture. Je pense que nous sommes encore une nation insulaire, très autocentrée. Pourtant, que nous soyons d’accord ou pas, nous vivons dans un monde très globalisé et les décisions qui sont prises à Paris ont un impact direct sur nos politiques ici.