Originaire de Nantes, Emmanuel a intégré le BBA La Rochelle après l’obtention de son bac. Après avoir vécu à Madrid puis au Canada pendant ses études, c’est à Londres qu’il a posé ses valises. Aujourd’hui, à 26 ans, il travaille pour la Société Générale. Rencontre à la City. 

Emmanuel, peux-tu me présenter ton parcours ?  

J’ai intégré le BBA La Rochelle après mon bac. J’ai passé la première année à La Rochelle, ensuite j’ai fait un premier stage à Madrid. J’étais dans le département du contrôle de gestion de Leroy Merlin. C’était la première fois que je partais longtemps à l’étranger. En troisième année, je suis parti au Canada. J’étais le seul étudiant de La Rochelle. C’était une belle année, j’y ai rencontré beaucoup de personnes. C’est là que j’ai commencé à suivre des cours de finance et à me spécialiser dans ce domaine. De retour en France, j’ai fait un stage à la Société Générale. Ensuite, j’ai fait un master spécialisé en finance. Puis je suis arrivé à Londres où j’ai rejoint la Société Générale dans une équipe commerciale, d’abord en tant que trainee, puis ensuite en tant que permanent.

Pourquoi avoir choisi le BBA La Rochelle ? 

Après le bac, je n’avais pas envie de faire une prépa, de poursuivre dans une voie théorique, je voulais plutôt m’orienter vers des fonctions commerciales. Je savais déjà que je voulais travailler dans la finance. Ce programme a une forte  dimension internationale, mais  à l’époque cela n’était pas  déterminant dans mon choix. C’était un plus. Aujourd’hui je travaille à Londres et vois les choses différemment. En effet, compte tenu l’état du marché en France, j’ai pu grâce à mon parcours aller m’installer  finalement à Londres.

Que t-ont apporté ces expériences à l’étranger ? 

Déjà, m’améliorer en langues étrangères. D’un point de vue personnel, cela m’a poussé à aller vers les autres. D’un point de vue professionnel, cela m’a permis de découvrir des manières de travailler différentes. En Espagne, par exemple, les horaires et la culture sont différentes. Au Canada, j’ai découvert ce qu’étais un campus « dà l’américaine ». C’était une fac très ouverte sur le monde. C’était très intéressant de rencontrer des gens différents, de culture différente.

Lors de ta recherche de poste, est-ce que ces expériences à l’étranger ont fait la différence ? 

Oui, je pense que cela fait clairement la différence. Déjà, en terme de langue, c’est primordial. Lorsque j’ai fait mon stage pour la Société Générale, même si c’était en France, je devais échanger avec des gens en Asie, en Angleterre, aux Etats-Unis… C’est un grand groupe avec des personnes aux quatre coins du globe. Je n’aurais jamais eu mon stage sans la composante internationale. Ce n’était pas mon choix de départ mais je suis devenu conscient que c’était nécessaire.

L’Union européenne, c’est un sujet qui te parle ?

Oui c’est un sujet qui me parle. Je pense qu’il y a deux dimensions dans l’Union européenne, un projet économique, tendre vers des valeurs plus humaines. D’un point du vue économique, on n’a pas fait le boulot jusqu’au bout. Le problème a été posé pendant la crise grecque; cela a révélé les disparités économiques entre pays. On voit que des pays comme l’Allemagne et la Grèce n’ont pas du tout la même économie et avec la monnaie commune cela pose problème. Je pense que la construction européenne, c’est très bien, c’est très beau, mais les hommes politiques ont fait de l’Europe quelque chose de politique mais n’ont pas pris le temps de faire les choses correctement. On a ouvert l’Europe sur le monde et je pense qu’économiquement il y a une vraie valeur ajoutée. En revanche on n’a pas fait le travail préalable pour repenser nos économies et nos systèmes afin de faire face à cette ouverture.

Vois-tu l’Europe comme un projet politique ? 

Il y a certainement une Europe de valeur. Quand je suis à Madrid ou quand je suis ici, je suis bien. Nous avons des valeurs communes. On se sent chez soi. Pour travailler ici, je n’ai pas eu besoin d’attendre un visa pendant six mois, c’est quand même un grand plus. La mobilité, c’est très positif. Mais je pense que les hommes politiques ont fait une Europe politique. On a ajouté des pays dans l’Union pour des raisons politiques. Le passage à la monnaie unique, c’est pareil. La construction économique a été bâclée, on n’a pas préparé l’Europe à affronter le monde.

Tu vis dans un pays a priori eurosceptique, peux-tu le ressentir autour de toi ? 

Le cercle financier est plutôt pro-européen. Cela dépend des niveaux sociaux, mais pas seulement, il y a aussi le milieu professionnel. Les industriels qui exportent, les milieux financiers, ont conscience que c’est quand même quelque chose d’important. Le gérant du pub au coin de la rue est certainement plus sceptique. Comme on est en train de lui dire qu’il donne plus à l’Union qu’il n’en reçoit, il se dit qu’il préférerait payer moins d’impôt.

Que penses-tu des mouvements nationalistes en Europe ? 

On remarque que ces mouvements augmentent avec la précarité, qui amène les gens à se renfermer sur eux-mêmes. C’est ni plus ni moins la responsabilité des hommes politiques. C’est lié tout simplement au fait qu’il y a des populations qui sont marginalisées. L’Europe s’est certes ouverte sur le monde, mais il y a toute une tranche de population qui a « trinqué ». Je pense que le problème majeur de l’Europe aujourd’hui c’est son économie. Tant qu’on ne réglera pas ce problème, on aura toujours les extrêmes. Les hommes politiques sont les premiers choqués, mais aussi les premiers responsables.

Qu’espères-tu pour l’avenir ? 

Concrètement pour la France, j’aimerais faire en sorte qu’on la réforme économiquement. Alors après évidemment ce sont des sacrifices et ce n’est pas forcément agréable, mais mieux vaut se réformer et « souffrir » pendant deux ou trois ans pour faire repartir l’économie plutôt que ne pas vouloir bouger et aller dans le mur. Les gens appellent ça l’austérité, on appelle cela comme on veut, mais forcément, on est obligé de faire moins de dépenses. Cela a forcément des impacts et c’est difficile à faire entendre. En France on pense qu’on a fait de l’austérité, mais ce n’est pas le cas, cela n’a rien à voir avec ce qu’il s’est passé ici ou en Espagne.

J’ai rencontré beaucoup de personnes qui souhaitent une Europe « plus sociale », qu’en penses-tu ? 

Personnellement je trouve que cela ne veut rien dire. Parce qu’une Europe sociale, pour moi c’est la même chose qu’une Europe économiquement forte. C’est avec cela qu’on peut faire des choix sociaux. Je pense que ce qu’ils veulent dire par Europe sociale, c’est une Europe qui protège et souvent dans la bouche d’un Français cela veut dire « des aides ». Et si on est dans une bonne économie, on aura des impôts, des rentrées fiscales. On pourra utiliser une partie pour continuer à améliorer l’économie, une autre pour renforcer la stabilité sociale.

Comment qualifierais-tu la jeunesse de ton pays d’accueil en trois mots?

Pour moi c’est une jeunesse qui est avant tout internationale. Je pense qu’aujourd’hui, les différences culturelles sont moins marquées qu’à l’époque. Les jeunes sont ouverts sur le monde, et le monde va continuer à se mixer. Après, ils sont, contrairement à la France, moins inquiets pour l’avenir , la jeunesse est plus tranquille qu’en France. Enfin, je dirais qu’ils ont la joie de vivre. Ils ont pour habitude d’aller au pub après le travail, cela fait partie de la culture locale.