Le Parlement Européen des Jeunes (PEJ) est une organisation internationale créée à Fontainebleau en 1987. Présente dans 39 pays, elle vise à promouvoir la citoyenneté européenne auprès des jeunes par le biais de différentes activités : simulations de sessions parlementaires, intervention dans les écoles, organisation d’événements… J’ai rencontré Hanan, Alina et Kian de la section française basée à Paris. 

Pourquoi vous intéressez-vous à l’Union européenne?

Hanan : Pour ma part, l’intérêt est venu par les voyages. L’Europe c’est d’abord la facilité de pouvoir voyager avec une carte d’identité. Pour beaucoup l’Europe est un objet très lointain, on ne pense qu’à l’Europe institutionnelle, le Parlement, la Commission et quand on ne passe pas par cette « case voyage », on a l’impression de ne pas faire partie de cette communauté européenne. C’est quelque chose qui se construit dans le temps et qui ne se passe pas forcément par l’école, par des cours d’éducation civique ou autre.

Alina : J’aime l’expression « expérimenter l’Europe », et cela se fait si on voyage beaucoup. J’ai travaillé sur différents projets européens et voyagé et c’est cela qui a renforcé mon intérêt et mon identité européenne.

Kian : J’ajouterais qu’aujourd’hui on se rend compte que les pays européens sont de plus en plus connectés avec la gestion des flux migratoires, ou encore récemment le terrorisme entre la Belgique et la France. On se rend compte qu’on est tous sur le même bateau et que ce qu’il se passe en Italie nous impacte. Alors être isolé de nos confrères italiens, c’est vraiment renier qu’il y a un processus d’intégration européenne à prendre en compte. Après au niveau politique, les institutions sont toujours lentes. Mais nous sommes la jeunesse, il faut apprendre, s’éduquer et donner un peu d’espoir à cette belle construction européenne qui était basée sur de bonnes intentions mais qui a une mauvaise gestion actuellement. C’est vraiment dans l’idée de construire une identité européenne, de savoir ce que cela veut dire d’être européen et de travailler vers une meilleure Europe que je suis au PEJ.

Quelles sont les activités proposées par le Parlement européen des jeunes? 

Kian : La mission du PEJ est de sensibiliser les jeunes européens, de 16 à 25 ans, à la citoyenneté active. En 2014, le taux de participation des jeunes aux élections en 2014 était de l’ordre de 20%, donc nous souhaitons les encourager à se mobiliser plus en Europe et à l’échelle nationale. Pour cela nous organisons des sessions de simulation parlementaires d’une journée à une semaine ou de 10 jours quand elles sont internationales.

Alina : Il y a aussi le programme Forg’Europe sur lequel je travaille. C’est un programme pour les lycéens. Nous travaillons avec quatre lycées en France, ce sont des lycées en difficultés ou isolés. La mission de ce projet est de sensibiliser les jeunes aux questions européennes, de leur donner envie de partir en Europe, de s’intéresser à l’Europe, à la diversité et aussi de participer aux sessions. Cela s’inscrit dans notre politique d’inclusion.

Hanan : Ensuite il y a des commissions qui sont des activités de recherche. On travaille sur quatre thématiques : santé, environnement, énergie et citoyenneté. Nous faisons des analyses et organisons des événements de restitution, qui aboutissent à des résolutions que l’on soumet directement au Parlement européen. Donc à la différence de Forg’Europe, je travaille plus avec un public étudiants, voire fin d’étude, Master 2, et jeunes professionnels.

Croyez-vous à une Europe politique?

Hanan: Oui sur le long terme, je crois à une Europe politique. Une entité supranationale, qui surplombe les Etats-nations, même s’ils garderaient leurs marges de manoeuvre. Mais on ne peut pas parler d’Etat parce qu’il n’y a pas de processus électoral. La seule entité « légitime » politiquement, c’est le Parlement européen. Et l’Europe c’est plutôt celle des experts avec tous les cabinets, la Commission européenne, ce n’est pas encore une Europe politique, c’est un tout autre mode de fonctionnement.

Kian: Le problème c’est que ça c’est l’idéal. Actuellement je ne pense pas que ce soit possible. Si l’on construit cet Etat suprême national, il faut que cela vienne des citoyens et pour qu’ils en aient la volonté, il faut déjà qu’ils se considèrent européens. On voit bien avec les élections que très peu sont ceux qui se considèrent européens. Si l’on crée cette institution supranationale sans la volonté des gens, c’est vraiment encore éloigner la démocratie au plus loin, et elle est déjà assez éloignée.

Hanan: La citoyenneté se travaille aussi en fonction du degré de ton sentiment d’appartenance. Je dis cela parce que les gens qui travaillent à la Commission ont des masters en sciences politiques ou de droit. Ce sont toujours les mêmes qui s’intéressent à l’Europe, de part leurs études, leur « ouverture », leur capital social, culturel, économique. Il n’y a aucune mixité. C’est un microcosme.

Alina, avec le programme Forg’Europe, tu interviens dans des lycées éloignés des questions européennes. Comment réagissent ces jeunes? 

Alina: Je pense qu’ils sont curieux mais sceptiques. Ils ne connaissent pas du tout l’Europe, ni les pays, n’ont jamais voyagé. J’essaie de leur donner l’envie, je pense que c’est important. J’ai travaillé avec plusieurs jeunes Européens et je pense qu’en France, les jeunes sont assez sceptiques et pas trop européens.

Penses-tu qu’il y a une différence avec la Roumanie, d’où tu viens? 

Alina: Oui. Mais c’est à cause de l’histoire du pays, du fait que les pays de l’Europe de l’est sont plus ouverts à voyager parce que les conditions dans leur pays ne sont pas très bonnes, la qualité des études par exemple. Ici, c’est « autosuffisant ». Ton pays à tout ce dont tu as besoin pour rester, tu n’as pas de raison de voyager ou de travailler dans d’autres pays. […] J’ai fait de l’analyse comparée de discours politiques dans plusieurs pays européens, et j’ai constaté qu’en France le mot « Europe » n’est pas du tout présent dans le discours des personnalités politiques. La France est un pays eurosceptique. C’est un mot qu’on utilise souvent de manière négative mais au contraire, je trouve cela positif d’avoir un esprit critique. Pour construire l’Europe, il faut se poser des questions, ne pas voir tout en rose.

D’après ce que vous me dites, l’Europe ne pourra pas se faire sans le soutien des citoyens, mais est-ce que cela ne vient pas aussi du fait que les hommes politiques n’en parlent pas assez?

Hanan: Si, bien sûr. Le pouvoir national ne veut pas qu’il y ait une substitution à l’Europe, et c’est tout l’enjeu. Ce sont tous ces rapports de force qui peuvent se créer entre les Etats nationaux qui veulent garder leur primauté et cette entité supranationale qui tente de développer un pouvoir politique. Cela s’observe dans tous les pays de l’Union européenne, et quelque part cela me semble tout à fait légitime.

Kian: Je pense qu’il y a une certaine part de responsabilité de la part du pouvoir public de faire la promotion des opportunités amenées par l’Union européenne, des programmes Erasmus etc. C’est sûr, mais tout ne se base pas sur eux. La société civile a aussi un rôle à jouer et elle le joue déjà. Il y a déjà beaucoup d’activités faites par les associations en Europe.

Alina: Moi je pense qu’il est difficile que l’Union européenne devienne un projet politique. Il ne faut pas oublier qu’il y a quelques années, il y avait de la guerre ici. Au regard des événements récents – la crise des migrants, le Grexit, etc – les pays européens ont des points de vue très très différents. Ils essaient de traiter le problème, mais pas collectivement.

Kian: C’est un point que je partage, je trouve qu’il y a un manque de solidarité au niveau des institutions. Si eux ne nous montrent pas l’exemple, cela va être difficile de prouver aux citoyens que l’Europe existe et a du potentiel.

Vous sentez-vous européens et pensez-vous qu’il existe une citoyenneté européenne?

Hanan: Oui, quand je voyage. Après, au quotidien, est-ce que je me sens citoyenne européenne? Pas vraiment, dans le sens où je n’ai pas à me justifier de mon sentiment d’appartenance de façon récurrente. En fait, cette identité je vais plutôt l’affirmer quand je vais à l’étranger. Par exemple, il y a un mois, j’étais à Dublin et je me sentais européenne, parce que j’étais française mais j’ai pu voyager avec une carte d’identité. Là par exemple, je vais partir en Russie et je dois faire un visa, et j’ai vraiment l’impression de partir à l’étranger. Au quotidien, je trouve que pour sentir quelque chose tu as besoin de l’affirmer, de le justifier, et je n’en ressens pas le besoin.

Avina: Pour moi la réponse est oui parce que je travaille sur un projet qui est lié à l’Union européenne, j’ai des amis qui viennent de partout, je voyage en Europe et je sais que j’ai la chance de découvrir l’Europe. Mais c’est parce que j’ai « expérimenté » l’Union européenne.

Kian: Pour moi, la question est délicate parce que mes origines font que je me sens plus un citoyen international qu’européen. Par contre je suis d’accord avec vous deux, quand on est à l’extérieur, on ressent ce sentiment d’appartenance à l’Europe ou à la France, mais quand on est à l’intérieur on le vit plutôt, et on le sent pas. Quand tu voyages, tu le vis concrètement. Par contre, en décembre je pars en Espagne et même si je ne suis pas espagnol, je sais qu’il y a au moins une chose qui me rapproche des Espagnols: c’est cette identité européenne. Même si elle n’existe pas sur papier ou concrètement, il y a quand même un point commun sur lequel on peut travailler. Et c’est pareil si je vais en Roumanie, au Portugal, en Allemagne, il y a cette petite chose qui existe et que l’on peut nourrir, il y a un lien d’attache.