Diplômé en 2013 de Sciences Po Rennes, Gabriel est aujourd’hui cadre de la fonction publique d’Etat. Depuis 2007, il est engagé en politique et aujourd’hui Vice-président en charge du projet des Jeunes de la Droite Populaire, branche conservatrice et souverainiste des Républicains, qui comprend 500 membres, et également Conseiller national les Républicains. 

Gabriel, quelles sont les valeurs revendiquées par les Jeunes de la Droite Populaire ? 

Nous nous revendiquons comme gaullistes, au sens historique et authentique du terme, c’est-à-dire que nous défendons l’Europe des nations, des valeurs que l’on pourrait qualifier de conservatrices mais que nous qualifions plutôt de traditionnelles, la souveraineté de l’Etat, l’indépendance de la nation, une France prospère, sûre d’elle, fière de son identité, avec l’autorité, le mérite.

Vous avez rédigé un manifeste « 40 propositions pour une France puissante, sûre d’elle et respectée ». Peux-tu m’en parler ? 

Oui, nous l’avons publié cette année. C’est un projet qui a duré huit mois. Il y a eu pas mal d’échos dans les médias. Le Figaro en a parlé et l’article a été le deuxième le plus partagé de la journée. Dans ces cinquante pages, nous traitons de tous les aspects : la diplomatie, les affaires étrangères, l’Union européenne, l’armée, la laïcité, la sécurité, la justice, les affaires sociétales mais également l’économie, les finances publiques, la compétitivité, la protection sociale, l’agriculture, la ruralité. On ne prétend pas forcément que le pays irait soudainement mieux si l’on appliquait ces propositions, mais que ce serait déjà pas mal étant donné la situation de la France.

Quelles sont vos positions sur les relations entre la France et l’Union européenne ?

Nous défendons un projet d’Europe des nations. On considère que l’Europe, telle qu’elle fonctionne actuellement, est plutôt une machine à normes, technocratique, qui impose des réglementations et des contraintes qui ne sont pas forcément pertinentes et compréhensibles. Plutôt que d’avoir de la complexité, on voudrait plutôt que l’Union européenne soit un démultiplicateur de la puissance de chacun des Etats et non un poids. Donc l’objectif est de faire en sorte que l’Union européenne soit au service des Etats, et que chaque nation y puise ce qu’elle souhaite pouvoir y trouver. Nous proposons un projet d’Europe qui s’appuie sur des coopérations concrètes sur certains secteurs. Par exemple, si sept pays veulent coopérer dans l’Europe de l’énergie, ils coopéreront à sept. Idem sur les transports, l’aérospatial, l’agriculture…

Cela veut dire qu’au lieu de coopérer à 28, quelques pays seulement peuvent se mettre d’accord sur un projet commun ?

Voilà. Actuellement nous sommes obligés de nous mettre d’accord à 28 ce qui entraîne des blocages. Ce que nous pensons, c’est que nous pouvons avancer sur certains points avec un petit nombre d’Etats. C’est un peu le principe des coopérations renforcées, qui existe d’ailleurs dans le traité de Lisbonne mais qui est quand même très difficile à mettre en œuvre. Nous pensons que cette idée d’avancer à 28 systématiquement n’est pas forcément adéquate parce que nous n’avons pas toujours les mêmes intérêts à défendre. L’idée d’une coopération renforcée sur certains sujets permettrait aussi de préserver la souveraineté des Etats. Le problème de l’Union européenne actuellement est que nous avons délégué, transféré même, la souveraineté, sans pour autant que l’Union européenne s’en empare. Du fait des mécanismes de décision, du fait que l’Union européenne n’est pas une fédération en tant que telle. Il y a donc un vide de souveraineté qui affaiblit les différents Etats vis-à-vis de l’extérieur, des entreprises et des intérêts privés. C’est un véritable déficit démocratique et de souveraineté auquel nous devons faire face. Le rapatriement des souverainetés n’empêche pas les coopérations. Le projet que peuvent avoir certains de faire exploser l’Union européenne n’a pas de sens. Il est évident que sur certains sujets comme l’énergie ou l’aérospatial, seuls, nous aurons des difficultés en matière de puissance économique, financière et technologique.

Quelle est votre position sur l’euro ? 

Nous pensons que l’euro en tant que monnaie unique a échoué et qu’il faut revenir au principe de la monnaie commune tel qu’il pouvait exister avant avec l’écu. Nous aurions une monnaie commune pour les échanges extérieurs avec l’Union européenne, mais au sein de l’Union les monnaies nationales cohabiteraient toujours. Cela permettrait à des pays comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne voire même la France d’ajuster leurs monnaies par rapport aux monnaies les plus fortes au sein même de la zone. Puisque le problème actuellement de la Grèce n’est pas tant la valeur de l’euro vis-à-vis de l’extérieur de l’Union européenne, c’est la valeur de l’euro vis-à-vis des pays intrinsèques à l’Union européenne. La Grèce, ne pouvant pas dévaluer sa monnaie par rapport à l’Allemagne, est obligée de dévaluer ses salaires. Ce qui revient à appauvrir la population pour maintenir la Grèce dans l’euro. Evidemment, on ne nie pas le fait qu’il y ait eu la spéculation sur l’écu à la fin, il est vrai que le système ne marchait plus. En réalité, ce sont les marchés financiers qui testaient la volonté des Etats pour passer ou non à l’euro. Si nous étions restés à l’écu, il n’y aurait pas eu de difficulté à garder cette monnaie comme elle fonctionnait autrefois.

Est-ce basé sur des recherches économiques ou s’agit-il de votre vision ?

Nous défendons une vision politique, nous ne le cachons pas, c’est logique pour un parti politique. Mais c’est également basé sur une vision économique, notamment sur les travaux de Jacques Sapir, qui a clairement expliqué que l’euro tel qu’il est actuellement ne fonctionne pas. On est entre deux rives. Soit on passe à un fédéralisme budgétaire clair et assumé, et aussi à un fédéralisme politique, ce qui passe évidemment par un référendum, pour savoir si les peuples sont d’accord ou pas pour abandonner l’ensemble de leur indépendance et de leur souveraineté nationale et devenir une fédération – et je suis prêt à parier que beaucoup de peuples diraient non – . Soit il faut revenir à une coopération plus censée et à ce qui existait auparavant c’est-à-dire une forme de coopération monétaire mais qui reste une coopération et non une monnaie unique. Parce qu’avoir une monnaie unique pour 17 Etats différents, sans convergence économique, fiscale, budgétaire, sans avoir un seul budget avec des stabilisateurs automatiques entre les nations nous paraît utopique.

Crois-tu encore à l’avenir de l’Union européenne ?

Honnêtement, l’Union européenne, il faut quand même le dire, est très mal partie. Nous avons mis la charrue avant les boeufs. On a fait passer toutes les étapes monétaires, économiques, la liberté de circulation des individus, sans avoir l’outil politique d’abord. Le problème c’est que l’on a appliqué la méthode Monnet, la méthode des petits pas, en se disant qu’au fur et à mesure on intégrerait les pays et qu’ils finiraient par abandonner leur souveraineté politique. Sauf que l’on a oublié la réalité du sentiment national. On peut avoir un sentiment d’appartenance à l’Europe, mais le sentiment d’appartenance à la nation reste quand même plus fort. Cette réalité politique, cette réalité sentimentale je dirais, on l’a un peu oubliée, et elle nous revient en pleine figure actuellement. On voit que deux des plus grandes réussites disait-on de l’Union européenne sont en souffrance, et sont même à l’état de coma artificiel. Il s’agit de l’euro et de l’Europe de Schengen.

Quelle est ta position sur l’espace Schengen ?

Sur Schengen j’ai une position très claire, c’est celle de la Droite Populaire. Nous sommes contre. Nous considérons que chaque Etat doit contrôler ses frontières car actuellement, aucun Etat de l’Union européenne n’est capable de maîtriser ses frontières. Sachant que l’Union européenne ne peut pas maîtriser ses frontières extérieures, nous considérons que chaque Etat doit pouvoir le faire. Nous appelons donc la France à suspendre sa participation aux accords de Schengen. Ce qui est d’ailleurs la position défendue par les Républicains si nous n’aboutissons pas à un Schengen 2 pour avoir des frontières extérieures mieux défendues pour nous protéger.

Quelle est ta position sur la crise des migrants ?

Je pense qu’il faut distinguer deux situations. Les migrants économiques et les migrants liés à la guerre. Je pense que les migrants économiques et sociaux, étant donné la situation actuelle de l’Union européenne, et en particulier de la France, c’est niet. Non, non. Je ne dis pas qu’il peut y avoir chez certains une détresse, parce qu’il y a de la pauvreté et l’envie d’avoir un travail ici, le problème c’est qu’on ne peut pas les accueillir. On a déjà trois millions et demi de chômeurs, on ne peut pas accueillir des migrants supplémentaires. Donc la position de principe c’est que pour les migrants économiques et sociaux, zéro accueil. En revanche pour les migrants demandeurs d’asile et les réfugiés de guerre, je pense qu’il peut y avoir effectivement un accueil mais avec un filtrage dès le pays de départ. Donc il faut mettre en place des centres d’accueil pour pouvoir filtrer les véritables réfugiés de guerre des migrants économiques et sociaux. Des réfugiés de guerre qui auraient vocation évidemment, une fois le conflit terminé, à repartir dans leur pays.

Que penses-tu de notre gouvernement actuel ?

Je suis un opposant au gouvernement actuel. Je pense que ce gouvernement a été élu sur un malentendu, plus par rejet de Nicolas Sarkozy que par adhésion à François Hollande. D’ailleurs, François Hollande avait démarré avec 63% de suffrage au second tour dans un sondage au mois de février, il a terminé avec 51,5%. Je pense qu’avec quelques semaines de plus de campagne, François Hollande n’aurait pas été élu. Je pense qu’il a été élu sur un mensonge, celui de pouvoir raser gratis, alors que ce n’était pas possible. Il s’est pris la réalité en pleine face. Je pense surtout qu’en arrivant au pouvoir, contrairement à ce que disent les gens, il a malheureusement tenu ses promesses. Et c’est notamment pour cela que l’on se retrouve dans une situation économique dramatique aujourd’hui. Il a en réalité appliqué son programme économique, social, sociétal, diplomatique, européen… Et malheureusement ce programme était faux quasiment de A à Z, d’où la situation actuelle. D’où le changement de programme en trois temps et le retour à des politiques un peu plus censées, qui sont malheureusement trop timorées, arrivent trop tard et sont insuffisantes.

Que penses-tu de l’action du gouvernement après les attentats du 13 novembre ? 

Le gouvernement a pris des mesures de bon sens. Malheureusement, il les prend beaucoup trop tard, il aurait dû les prendre dès janvier et surtout il ne va pas assez loin. Il prend des mesures sécuritaires, mais ne s’attaque pas à la racine du mal qu’est l’islamisme. Nous, nous proposons qu’on interdise l’islamisme c’est-à-dire qu’on criminalise l’islamisme comme le nazisme. Nous ne sommes pas les seuls à le proposer d’ailleurs. Mohammed Sifaoui le propose. Tant que nous ne nous attaquerons pas à cette racine du mal, nous ne pourrons pas vaincre nos ennemis. On ne combat pas le terrorisme, c’est un moyen d’action.

Que penses-tu de ces jeunes qui sont radicalisés ?

Ce sont des traîtres quand ils sont français donc il est logique qu’on les déchoie de leur nationalité française parce qu’ils sont binationaux. J’ajouterais que nous nous proposons aussi de rétablir le crime d’indignité nationale pour ceux qui sont uniquement français. C’est-à-dire qu’on les prive de l’ensemble de leurs droits civiques. Ils sont encore français de papier mais n’ont plus aucun droit en tant que nationaux.

Que faire ?

Déjà mener le combat à la source contre l’islamisme. Evidemment la déradicalisation c’est bien, isoler les détenus islamistes des autres c’est bien, assigner à résidence les fichiers S c’est bien, incarcérer les islamistes c’est très bien mais il faut évidemment mener un combat idéologique, un combat culturel, un combat de civilisation. Par combat culturel cela veut aussi dire retrouver la fierté de ce que nous sommes, de nos valeurs, de nos racines gréco-romaines, de notre héritage chrétien et aussi de notre héritage des Lumières, de l’humanisme, de la rationalité. Cet héritage, c’est ce qui fait la France, c’est ce qui a fait la France depuis des siècles et donc il faut en être fier, nous le revendiquons.

Cela veut dire qu’on perd le principe de laïcité ?

Non pas du tout. On peut avoir un Etat laïque bien sûr, mais cela ne veut pas forcément dire que la France elle, est une société et une nation laïque. La France est une nation avec des racines chrétiennes et le nier c’est renier quinze siècles d’histoire. Il faut différencier l’Etat, qui lui a un devoir de laïcité et de neutralité, de la société civile. Pour ma part, avoir des candidats qui se revendiquent chrétiens ne me choque absolument pas.

Et avoir un candidat qui se revendique musulman ? 

Oui s’il le veut, je ne suis pas sûr qu’il aura énormément de voix mais c’est un autre débat. S’il se revendique musulman, les gens vont plutôt faire allusion à l’islamisme, mais effectivement on peut être musulman et laïque. Moi je suis chrétien catholique, et laïque en même temps. Après je dirais que la France a été construite par quinze siècles de christianisme, et il faut aussi l’accepter. Parce que la laïcité n’est pas apparue de nulle part non plus. Je pense que dans un contexte autre que chrétien, elle ne serait pas apparue.

Tu parlais de Nicolas Sarkozy, est-ce que c’est lui qui t’a inspiré à faire de la politique ou y a-t il d’autres raisons ?

Je me suis engagé auprès des Républicains parce qu’il y avait Nicolas Sarkozy mais la chose publique m’intéressait avant et j’avais d’autres modèles. Le Général de Gaulle évidemment. Mais aussi d’autres modèles plus anciens. Napoléon dont j’admire la figure et qui s’est construit à la force des bras, par lui-même. Je trouve cela admirable.

Penses-tu que le fait que les jeunes se désintéressent de la politique est lié à la perte d’influence de nos leaders ?

Je pense que les jeunes se désintéressent de la politique parce qu’ils se disent que la politique ne peut plus changer les choses. Beaucoup trop d’hommes politiques ont fait des promesses qu’ils ne pouvaient pas tenir. Je pense que l’une des raisons est aussi le fait d’avoir transféré de nombreuses compétences à d’autres échelons, ce qui fait qu’au niveau national nous avons moins de capacités décisionnelles. Je dirais aussi que c’est une génération de crise, qui n’a connu que cela. Cela n’amène pas à avoir foi dans la politique puisqu’elle apparaît comme inefficace. Personnellement, je crois que l’action politique, que la chose publique, que le combat des idées restent efficaces. Sinon je n’en ferais pas. J’essaie d’être cohérent et c’est pour cela que je défends aussi certaines idées plutôt que d’autres.

Que dirais-tu à un jeune qui n’y croit pas ?

Je lui dirais que la politique est très importante, c’est quand même ce qui détermine notre avenir. Si l’on ne s’engage pas, on vide la République de sa substance même, on fait une coquille vide. Et forcément si la chose publique n’a plus de sens, si elle est vidée de son sens public, elle devient quelque chose de privé et ce sont donc les intérêts des plus puissants qui l’emportent. Donc cela devient une oligarchie. Donc les décisions sont prises ailleurs que dans les cercles démocratiques. Et on aboutit à une forme de technocratie et de dictature technocratique, ce qui n’est pas mon idéal démocratique.

Etes-vous effrayés par la montée du Front National ? 

Effrayé, qu’est-ce que cela veut dire effrayé ? Cela veut dire que je considère que le Front National n’est pas républicain c’est ça ? Dans ce cas-là interdisons-le ! Ils ont une conception de la République plus fermée que d’autres partis politiques, c’est vrai. Ils n’ont pas une conception multiculturelle de la République. Maintenant, ils se revendiquent républicains et disent qu’ils acceptent le régime de la République, je n’ai pas de raison de ne pas les croire, jusqu’à preuve du contraire.

Effrayés dans la perspective où certains anciens électeurs des Républicains donneraient leur voix au FN ?

C’est vrai, certains votent Front National parce qu’ils considèrent que nous n’avons pas tenu nos promesses. C’est notre faute, nous sommes responsables de ne pas avoir tenu nos promesses, de ne pas avoir été assez loin, de ne pas avoir mené la politique pour laquelle nous avons été élus. Donc maintenant notre responsabilité, c’est de présenter des engagements, de les tenir, de ne pas faire de promesses irréalisables.

Tu veux dire que le quinquennat de Nicolas Sarkozy n’est pas allé assez loin ?

Je pense que sur certains sujets on n’est pas allé assez loin. Pas tant sur les questions économiques et sociales que sur les questions de sécurité et d’immigration, là où l’électorat qui vote actuellement Front National attendait Nicolas Sarkozy. Je pense que c’est surtout sur la question de l’immigration, de la sécurité, peut-être même de l’Union européenne, mais pas forcément sur les questions économiques et sociales où je pense que beaucoup de gens se rendent compte qu’il y a eu le contexte très particulier de la plus grave crise depuis 1929.

Est-ce que tu te sens européen ?

Je me sens européen dans la mesure où mon pays fait partie de l’Union européenne, de l’histoire européenne et est membre du continent européen. Maintenant si la question est de savoir si le sentiment européen surpasse le sentiment national, la réponse est non. Je suis avant tout français, je partage une culture, une langue, des valeurs, un territoire, une histoire avec l’ensemble de mes concitoyens français. Avec des concitoyens européens, c’est plus délicat. Je dois reconnaître que l’histoire commune avec un membre des pays Baltes par exemple est un peu plus diffuse. Je n’ai pas la langue, pas forcément les mêmes valeurs parce qu’en France nous avons les valeurs de la République par exemple, qui sont spécifiques. Alors évidemment il y a des valeurs communes à la sphère civilisationnelle européenne. Maintenant il y a quand même des valeurs spécifiques à chaque nation. Evidemment je me sens faire partie intégrante de la civilisation européenne, mais pour moi l’Europe justement n’est pas une nation, c’est une civilisation à laquelle je me sens intégré mais à condition que l’Europe ne renie pas cette civilisation non plus.