Demandez à Louis ce qu’il fait dans la vie, et vous serez bien surpris de sa réponse. A 16 ans, séduit par la musique du guitariste Django Reinhardt, il découvre la culture tzigane et s’engage aux côtés des gens du voyage. A cela s’ajoute un profond attrait pour l’Europe. En 2012, il se porte candidat aux élections européennes. Lorsque je le rencontre, il a 24 ans et vient de rentrer de Côte d’Ivoire, où il était directeur de campagne d’un candidat aux élections présidentielles. De retour en France, il fonde Eurafrique pour agir en faveur de l’union de l’Europe et de l’Afrique.

Louis, crois-tu toujours à l’Europe ? 

J’ai été et je suis toujours très très pro-européen, et plus que jamais d’ailleurs. Certains enjeux sont aujourd’hui des enjeux européens: le climat – la COP 21- est un enjeu européen, cela n’est pas un enjeu national, voire régional. C’est un enjeu mondial certes, mais c’est aussi et avant tout un enjeu européen. L’enjeu économique : l’Europe est la première puissance du monde. L’économie continue à se développer et l’Europe peut vraiment avoir une place immense dans le monde. L’enjeu Daesh est un aussi un enjeu européen. Daesh ne fait pas la guerre à la France, à la Belgique, à l’Angleterre, aux Pays-Bas ou à d’autres pays, il fait la guerre aux croisés. Historiquement, qui sont les croisés? Ce sont les Européens. D’ailleurs je ne comprends pas qu’il n’y ait toujours pas la création d’une armée européenne, la création d’une légion étrangère européenne qui puisse intervenir sur le sol syrien, non pas pour endiguer le phénomène, mais au moins pour contrôler ce qu’il se passe. Donc l’Europe peut exister à travers différents pans aujourd’hui, que chacun pourra trouver en fonction de sa sensibilité, en fonction de son histoire, de ses projets. Moi je suis pro-européen parce que l’Europe est la continuité de l’histoire et parce qu’elle a apporté au monde quelque chose de fabuleux : son modèle. Et quand je dis son modèle c’est son modèle politique, que la majorité des pays du monde ont en réalité déjà adopté, le modèle de la démocratie, son modèle juridique, le modèle du droit, avec le modèle de défense des minorités sexuelles, identitaires, religieuses, linguistiques. Son modèle culturel.

Quel avenir espères-tu pour l’Europe ? 

Je suis pour que se développe le plus rapidement possible une Europe du droit, je suis pour une constitution européenne qui soit au-dessus dans la hiérarchie des normes de notre constitution nationale, je suis pour la fin de la France, la fin de l’Italie, la fin de l’Espagne, la fin du Portugal, la fin de l’Allemagne, la fin des Pays-Bas, de la Suède, de la Norvège, du Danemark, de la Pologne, de l’Autriche… Je ne veux plus de nation. Je ne me considère pas national, je me considère avant tout européen. Je suis pour une Europe sociale avec une sécurité sociale européenne par exemple, avec des échanges européens qui s’accentuent. Je suis par exemple pour qu’il y ait un service civique européen, quelque chose qui remplacerait un peu le service militaire. Je suis pour que l’Europe devienne un pays, qu’on ait une armée, une police, une monnaie encore plus forte, un drapeau et une identité.

Pourquoi cela ne marche pas aujourd’hui ? 

C’est difficile de répondre à cette question. Ca marche aujourd’hui en réalité. C’est ça la vraie réponse. On dit que ça ne marche pas parce qu’on écoute ce que disent les gens. Mais ça marche : il y a 50, 70 ans on se faisait la guerre. Aujourd’hui on va faire sa licence en Allemagne, on n’a plus de frontière entre la France et l’Allemagne, on a la même monnaie. Tu te rends compte ce qu’on a réussit à faire en même pas un siècle en Europe ? Ca fonctionne l’Europe, ça fonctionne fabuleusement bien. A court terme cela ne fonctionne pas, mais la construction européenne ne se projette pas à court terme, elle se projette à moyen voire à long terme. Sur l’échelle de l’histoire de l’humanité, ce qu’on est en train de vivre depuis 15 ans, ce n’est rien. Il faut voir ce que l’on vit depuis 100 ans, 1000 ans, 2000 ans, 10 000 ans. L’Europe ça fait depuis environ 50 ans qu’elle existe par les traités – elle existe depuis bien plus longtemps que ça – et aujourd’hui elle continue à se développer. Ca patine un petit peu et elle n’a pas bonne presse aujourd’hui, mais dans les grandes lignes, elle continue à se développer. Si cela ne marche pas aujourd’hui, c’est parce que je crois qu’on ne distille pas assez l’idée d’une Europe forte. Qui est le vrai acteur politique aujourd’hui qui parle d’Europe? A part quelqu’un comme Daniel Cohn-Bendit qui dit des trucs sympas mais n’a pas vraiment de profondeur, qui peut-on identifier comme figure européenne française? Personne. C’est pour cela que l’Europe ne se fait pas, elle n’a pas de moteur fort. L’extrême-droite a un moteur fort aujourd’hui, elle a Marine Le Pen. Elle plaît, elle sait parler aux jeunes, elle sait communiquer. Qui communique bien et qui parle bien d’Europe? Personne. L’Europe c’est vieux, c’est poussiéreux, c’est la bureaucratie et la technocratie bruxelloise, tout le monde s’en fout de l’Europe aujourd’hui alors que c’est fabuleux, c’est la seule façon que l’on a de pouvoir survivre. Si l’on n’est pas dans l’Europe on meurt, la nation meurt et la nation c’est la guerre. La seule entité qui soit infra-nationale si je puis dire et qui soit intéressante est à mon sens l’entité régionale, parce qu’elle représente sur le plan linguistique, culturel et historique une vraie cohérence et légitimité.

Tu avais lancé un parti européen lors des élections européennes, c’est ça ?

Oui, je voulais une Europe fédérale des régions, je voulais un gouvernement central, je voulais une culture européenne, je voulais préserver l’héritage européen, on a fait un score qui n’est pas trop mauvais, puisque les scores des européanistes dans les élections européennes sont toujours médiocres, mais par rapport au nombre de listes qui s’étaient présentées, on avait réussi à être 22ème sur les 32 listes présentes, ce qui n’était pas négligeable. On avait présenté la liste la plus jeune des élections européennes, avec une moyenne d’âge de 23 ans.

Tu restes pro-européen, mais tu n’es plus impliqué dans la construction européenne ?

Je reste totalement pro-européen. Je suis né français, je mourrai européen, c’est ce que j’avais dit dans le cadre des élections européennes. Mais j’ai envie de m’investir différemment. Et c’est ça qui est un peu difficile. L’Europe a un potentiel magnifique mais je vois qu’aujourd’hui, elle est en train de mourir. Je vois qu’il ne se passe pas grand chose. Il faut déjà comprendre qu’économiquement on est déjà très réalisé. Les gens qui disent qu’il y a de la pauvreté en France, c’est des conneries, il n’y a pas de pauvreté en France. Je considère la pauvreté comme l’état dans lequel tu n’as pas accès à des besoins primaires : te loger, te nourrir, te chauffer, t’illuminer, avoir accès à l’eau potable, avoir accès à la nourriture. Il n’y a personne en France qui soit dans cette situation là. Si, il y a toujours des mecs à gauche pour te dire qu’il y en a mais ce sont des minorités. Je reviens de Côte d’Ivoire, là-bas c’est la vraie pauvreté. Nos pauvres Français sont les riches de Côte d’Ivoire. Alors c’est bien de vouloir se dépasser, mais il y a un moment où il faut accepter que l’on est un continent riche. Et étant dans un environnement riche, la France n’a pas l’envie qu’ont les pays pauvres de se construire. Qu’est ce qui donne envie de se construire en France aujourd’hui? Tout est là, qu’est-ce que tu veux faire? Les routes, les écoles, la culture existent déjà. Tu veux avoir des politiques qui sont plus neutres, meilleures? Cela ne peut pas se faire parce que la politique n’est que le fruit de l’économie. La politique ne sert à rien aujourd’hui. Et on le comprend très bien. La politique c’est une excroissance de l’économie. Qu’est-ce que tu veux faire fondamentalement en France pour avancer? Rien, il y a à entretenir. Et il y a à s’assurer que ce que l’on a construit par le passé résiste et s’émancipe. Les droits de l’homme, la culture, le bien-vivre, le droit du travail, une économie où il y a une forte redistribution. Parce que la redistribution est fabuleuse en France, les gens ne se rendent pas compte, ils veulent encore plus de redistribution. En gros, il y a déjà plus de 50% de ce que tu gagnes qui va être redistribué aux plus pauvres, personne ne s’en rend compte car personne n’a de lecture internationale de la situation, ou même historique. La France est déjà très réalisée et on y vit très bien. Et c’est en partie pour cela que je pense que l’Europe n’avance pas. Comme on vit bien, on ne s’intéresse plus à la politique et on ne s’intéresse pas à l’Union européenne. Parce que l’Union européenne nécessite de sortir de sa zone de confort pour aller vers la vraie politique.

Tu considères qu’il n’y a pas de crise en France ?

Non, il n’y a pas de crise en France. Il y a une crise dans les pays de l’Europe du sud. C’est parce que malheureusement l’Europe du sud n’a jamais eu d’économie, à part dans l’antiquité avec la Grèce, l’Italie qui ont quand même dominé le monde. En France, on construit des voitures, on a le nucléaire, on a l’industrie pharmaceutique, on a les banques, les assurances, les entreprises, les infrastructures, la culture, le tourisme. Cite-moi autant de choses en Grèce. En Grèce il n’y a pas d’industries, il n’y a pas d’énergie, il n’y a pas d’économie. Et c’est là où l’Europe a tout son sens, parce que l’Europe doit être un contre pouvoir qui permet d’aider, au même titre que la nation a permis à des régions plus pauvres de s’enrichir et une harmonisation de différentes régions. Il ne faut surtout pas que la Grèce sorte de l’Europe. Si la Grèce sort de l’Europe, c’est catastrophique, ils l’ont bien compris les Grecs. Et c’est fabuleux, le choix qu’ils ont fait de rester dans l’Europe. Faut que la Grèce reste en Europe, idem pour l’Italie, l’Espagne, le Portugal, ce sont nos frères, c’est notre histoire, c’est notre culture, c’est notre civilisation. Et l’Europe va justement permettre à des pays riches, la France, l’Allemagne, l’Angleterre, d’aider des pays qui sont plus pauvres. Il faut aussi que l’Europe du nord comprenne qu’elle vit à un rythme qu’elle ne peut plus assumer. On vit au dessus de nos moyens aujourd’hui. Je suis à 100% partisans de ce que l’on appelle la décroissance. Regarde comment on chauffe, comment on s’éclaire, comment on change nos téléphones portables, nos télévisions tous les ans, les gens « pauvres » qui partent en vacances… Bien sûr qu’on vit au dessus de nos moyens. On vit au dessus de nos moyens parce qu’on dépend encore d’une dynamique qui a été instituée au lendemain de la seconde guerre mondiale et qui a porté la majorité des pays dans le monde à un stade qu’aujourd’hui à mon sens elle ne peut plus retrouver. Vivre en France en 2015 comme on a vécu dans les années 60-70, je n’y crois pas. On ne peut plus produire de richesse parce qu’on arrive à une situation où l’on consomme trop. Et en consommant trop, on perd tout et on s’aliène dans la consommation. Je suis un fervent défenseur de la non-consommation. Profondément, je ne consomme pas d’ailleurs, très peu. Je suis pour la décroissance, je suis pour ce que l’on appelle la transition énergétique. Ce sont des concepts en général développés à gauche, à l’extrême-gauche, mais c’est juste logique.

La crise serait une invention des médias ?

Je ne donnerais pas autant de crédits aux médias, je ne crois pas qu’ils puissent inventer quoique ce soit, si ce n’est relater des faits de façon plus ou moins ambiguë ou de façon plus ou moins orientée. Je pense que c’est un truc qu’on a besoin de dire à un moment pour se protéger, se défendre, oui c’est une invention de tout le monde. Les gens parlent de crise mais ils ne savent pas de quoi ils parlent. Il n’y a pas de crise en France. Là je ne vois pas les gens joncher le sol en train de crever de faim alors que je les ai vu en Côte d’Ivoire. Non la France est très riche, dans ses métropoles, comme dans sa ruralité.

Quelle a été ta réaction après le premier tour des élections régionales ?

J’ai eu deux réactions. La première c’est que je suis content, et la deuxième c’est que je m’en fiche. Je suis content parce que cela montre que les gens sont encore un peu réveillés. Cela montre qu’ils veulent quand même que les choses changent. Cela montre que les gens sont prêts à vouloir du nouveau, et ça c’est bien, cette démarche de vouloir dire non à des partis traditionnels qui sont des partis menteurs et tricheurs. Je pense que c’est un vote de rejet plutôt que d’adhésion. Un mec comme François Hollande qui est encore Président de la république, un mec comme Nicolas Sarkozy qui veut se présenter à l’élection présidentielle avec le nombre de scandales qui les suivent… C’est ridicule, on n’a jamais vu ça. Et d’un autre côté, je m’en fiche parce que la politique ne sert plus à rien en France. C’est au niveau européen que ça se joue maintenant. La politique française est sans intérêt, c’est un vaudeville, ça n’a aucune force, et aucun avenir.

Est-ce que la montée du Front National t’effraie ?

Non pas du tout. Au contraire cela donnerait un motif d’indignation et de révolte qui nous permettra de nous fédérer et de foutre le bazar comme en 1789. Tant mieux, au contraire, que Marine Le Pen arrive au pouvoir, ça va être énorme ! Les gens vont bouger, vont croire en un nouvel idéal, se battre pour quelque chose. Et de là on arrivera à distiller, je pense, une dynamique nouvelle, qui je l’espère sera orientée vers la construction européenne. C’est ça qu’il faut, qu’on prenne tous ces gens qui gueulent, et qu’on leur fasse comprendre l’Europe. Mais le problème c’est que déjà nous on ne comprend pas bien l’Europe parce qu’à un certain degré elle est beaucoup trop poussiéreuse et compliquée, et ensuite personne ne porte vraiment l’Europe aujourd’hui. Et à un moment où l’économie remplace le politique, c’est important qu’on ait des figures politiques qui soient funky, on s’en fout d’avoir des technocrates aujourd’hui, on veut des mecs qui nous fassent rêver, puisque de toute façon, in fine la politique ne sert qu’à ça. C’est l’économie qui fait les choses, pas la politique, ce sont les grandes entreprises, les banques, ce sont les besoins ataviques qu’ont les hommes de se protéger. Et en se surprotégeant de rechercher le confort. Et en cherchant le confort de développer l’économie. L’histoire de l’humanité c’est l’économie, la politique ne sert à rien.

Comment as-tu pris conscience de cette identité européenne ?

Lors d’un voyage à Barcelone. Je me promenais dans les rues, et là, c’est comme s’il y avait un truc qui pétait dans ton cerveau, je me suis dis « ben oui je suis européen ». Je suis pour qu’Erasmus devient pbligatoire. Déjà en France. Un Basque ne doit pas rester toute sa vie dans le pays basque, il doit voyager, voir des choses, s’élever, un Parisien ne doit pas passer toute sa vie dans Paris, il doit aller dans la Creuse. Il faudrait que ce soit obligatoire de voyager, c’est là où le service militaire était intéressant. Cela permettait de rencontrer des gens différents, d’avoir une symbiose nationale fabuleuse. Le service militaire était le seul moment où tu avais un Arabe, un Noir, un Juif, un Français, un Chrétien, un Manouche, qui étaient ensemble et soumis au même truc. C’est ça qui était fabuleux. Et de là se tissait une intercompréhension avec un respect beaucoup plus fort. Les socialistes n’ont fait que casser la France. Vraiment. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la révolution française, ce n’est pas la gauche qui le porte. La révolution française est une révolution bourgeoise, et pas une révolution du peuple. La gauche, et en particulier le parti socialiste, n’a fait que détruire le pays.

On dit que l’Europe est élitiste, qu’en penses-tu ?

Non l’Europe est, c’est tout. A la tête de l’Europe, c’est vrai qu’il y a peut être des gens qui sont trop dans la technique et l’administration, et peut-être pas assez dans le show. Et c’est peut-être pour cela qu’aujourd’hui on trouve que tout est peut-être technocratique, abscons. Et tout le monde peut être européen. L’Europe ne s’arrête pas aux frontières. Celui qui partage les valeurs de l’Europe peut être européen. C’est pour cela que je suis pour l’entrée de la Turquie dans l’Europe. C’est vraiment un mauvais coup d’avoir snobé la Turquie.

Pourquoi souhaites-tu que la Turquie entre dans l’Union européenne ?

Parce que la Turquie c’est aussi l’histoire de l’Europe. C’est Soliman le magnifique qui s’allie à la France pour combattre Vienne. C’est Byzance, ensuite c’est Constantine, c’est le phare de la culture européenne sur l’orient. C’est le pont entre deux cultures, l’orient et l’occident, ce qu’avait compris Alexandre Le Grand. Bien sûr que la Turquie est européenne et je veux qu’elle aille vers l’Europe. Parce que si la Turquie ne va pas vers l’Europe, il y a des risques que l’Europe aille vers la Turquie. Il vaut mieux que la Turquie s’intègre à l’Europe et qu’elle adopte les codes européens plutôt que ce soit le contraire, que l’Europe se délite, et que face à la Turquie et face aux codes qui aujourd’hui sont turcs, on perde notre force. Aujourd’hui, la Turquie est dans une situation très ambigüe, puisqu’elle est à la porte de l’orient et qu’aujourd’hui l’orient est en pleine ébullition. Il vaut mieux que cette Turquie prône des valeurs européennes pour promouvoir un idéal européen dans cette région là, qui a mon sens éviterait ce qu’on appelle le choc des civilisations, qui a été le fruit de l’histoire européenne en particulier dans cette région là. La Turquie a quand même abattu un avion russe. Il y a cinquante ans, pour cela on aurait fait une guerre. Il faut que la Turquie puisse s’imprégner des valeurs européennes, qu’elle renoue avec sa grande histoire de l’empire Ottoman, qu’elle nous apporte ce qu’elle a apporté à l’histoire, qu’on lui apporte ce qu’on a apporté à l’histoire, et qu’on soit ensemble autour d’un corpus de valeurs.

Tu es pour un élargissement de l’Europe ? 

Bien sûr. Je suis pour que la Turquie rentre et pour que les liens avec l’Europe de l’est se renforcent. Et à titre personnel, je suis pour Eurafrique. Je suis pour que l’Europe et l’Afrique fusionnent. C’est un peu audacieux, mais je suis pour qu’en plus d’étendre l’Europe vers la Turquie, et peut-être même ailleurs après, elle aille vers le sud. Les pays d’Afrique sont profondément européens. Il faut quand même se rappeler que jusqu’au quinzième siècle, l’Europe latine est une Europe musulmane et en particulier une Europe musulmane d’Afrique du nord. Il faut quand même savoir que tous les pays africains parlent l’européen. Quand tu vas au Ghana, tu peux parler anglais comme quand tu vas en Angleterre, que quand tu vas à Abidjan ou à Dakar, tu peux parler français, citer la DDHC et parler de Victor Hugo. Qu’en Guinée-Bissau, ils font le signe de croix avant de manger et parlent espagnol. En Afrique du sud, les Afrikaners parlent un mélange de hollandais avec les langues locales. Au Mozambique, en Angola, on parle portugais. L’Europe peut apporter à l’Afrique énormément, elle peut apporter la technique et la culture. La technique au sens le savoir, la science que n’a pas l’Afrique, et la culture au sens de la culture classique et la culture très riche. L’Afrique peut apporter à l’Europe la force démographique, énergétique et ce besoin d’âme qui aujourd’hui se manifeste en Europe, ce besoin de croire, de renouer vers une famille plus traditionnelle, ce besoin de plus de respect des anciens, etc.

Quelle est ta position sur la crise des migrants ?

Il n’y a pas de crise des migrants. Il y a juste des gens qui viennent parce qu’il y a des situations internationales compliquées dans certains pays. Ce sont des migrants soit politiques, soit économiques, soit climatiques, soit sanitaires. C’est un fait comme un autre. Il faut l’accepter, il faut être fort par rapport à ça, il faut trouver une convergence européenne pour pouvoir traiter ce phénomène, et de la façon la plus pacifique possible. Accueillir les réfugiés, leur apporter l’aide nécessaire et consolider nos relations avec les pays desquels ils sont issus. Imagine le message que tu adresses quand tu acceptes un Syrien et quand tu lui dis que désormais la France l’a accepté. « Français pas par le sang reçu mais par le sang versé », c’est la devise des légionnaires. Tu fais des francophiles millénaires, c’est comme ça que la France rayonne et que l’Europe rayonne. C’est en étant bonne avec les pays étranger, c’est en étant forte quand les gens sont faibles. On a les moyens d’aider, faut arrêter de déconner. Je suis pour qu’on accepte ces personnes là. Et le rôle de l’Europe est quand même là. Alors bien sûr, l’histoire ne va pas toujours dans ce sens là, mais dans les grands lignes l’Europe est humaniste, et il faut parachever ce dessin européen d’humanisme. La crise des migrants est un tremplin fabuleux pour ça.

Que dirais-tu à un jeune qui ne croit pas à l’Union européenne ?

Arrête de trainer dans les cafés et la télévision et réfléchie un peu. Arrête de consommer, travaille. Instruits toi, cultive toi, aie des objectifs nobles, rend tes parents fiers, aie un beau métier, comprend que l’Europe ce n’est pas politique, c’est métaphysique, c’est transcendantal. Ce n’est pas parce que Robert Schumaan et d’autres ont déclaré que l’Europe devait se faire que l’Europe s’est faite. L’Europe s’est faite beaucoup grâce à l’économie, il faut le comprendre ça. Les premiers textes fondateurs de l’Europe sont les traités économiques. Jusqu’en 92 avec Maastricht, on a quand même surtout une Europe économique. A partir de 92 se développe l’idée d’une identité européenne, mais qui malheureusement arrive un peu à son acmé avec la défaite de  la constitution européenne en 2005. C’est tellement débile qu’on ait refusé ça. Bien sûr qu’il faut une constitution européenne. Aujourd’hui on a des chartes, la charte européenne des droits de l’homme, on a des droits fondamentaux qui sont garantis dans notre droit, mais il faut qu’il y ait une constitution européenne. Donc le message c’est : comprend qu’on survivra seulement en Europe.

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